Après une trilogie consacrée à l’usage de la presse ancienne pour vérifier une histoire familiale à travers le cas concret de mon ancêtre François Mouyon, je vous propose de découvrir une enquête généalogique en deux volets basée sur l’ADN.
Vous avez un ancêtre inconnu dans votre arbre généalogique ?
Un parent biologique introuvable, une branche familiale bloquée, ou un mystère que les archives ne permettent pas de résoudre ?
Aujourd’hui, l’ADN généalogique ouvre de nouvelles possibilités. Grâce aux tests ADN, il est possible d’identifier des cousins génétiques et de remonter progressivement jusqu’à un ancêtre commun.
Mais attention : contrairement à ce que l’on pourrait croire, un test ADN ne donne pas de réponse directe. Il faut savoir interpréter les résultats et appliquer une méthode d’enquête.
Peut-on retrouver un ancêtre inconnu grâce à l’ADN ?
C’est la question à laquelle j’ai tenté de répondre à travers une enquête généalogique réelle.
Grâce à la généalogie et à l’ADN, j’ai pu mettre au jour une branche parallèle jusque-là inconnue de ma famille.
Pour cette recherche, j’utilise les résultats ADN d’un test autosomal via les plateformes MyHeritage et 23andMe.
Pourquoi utiliser l’ADN en généalogie ?
Après avoir réalisé mon propre test ADN, j’ai proposé à mes deux parents d’en effectuer un également, avec leur accord.
Pourquoi tester ses parents ?
Parce que leurs résultats me permettent d’orienter plus précisément mes correspondances ADN du côté paternel ou maternel. En effet, le pourcentage d’ADN partagé avec un match est plus élevé à la génération de mes parents qu’à la mienne, ce qui facilite l’identification et l’interprétation des liens généalogiques. Il est également pertinent de tester oncles, tantes, frères, sœurs, cousins ou cousines, car les segments d'ADN transmis diffèrent et génèrent de nouvelles correspondances, aidant à orienter ou confirmer vos résultats de recherche.
Cet article vous montre comment utiliser l’ADN pour retrouver un ancêtre. Vous voulez en savoir plus sur le fonctionnement de l’ADN ? Je vous renvoie à l’article de MyHeritage.
Après avoir réalisé un test ADN, de nombreuses correspondances vont apparaître dans la liste.
Commencez par analyser les correspondances avec le plus haut pourcentage d’ADN. Vous trouverez plus d'informations sur le fonctionnement des correspondances ADN sur le blog de MyHeritage.
En résumé, tester ses parents permet de mieux interpréter ses correspondances ADN en distinguant clairement les branches maternelle et paternelle.
Quelle quantité d’ADN partage-t-on avec sa famille ?
Le graphique ci-dessous représente les proportions approximatives d’ADN partagé entre les membres d’une famille. Attention, lorsqu’il y a une demi parenté, il convient de diviser le chiffre par deux.
Le graphique ci-dessous montre la quantité d’ADN partagé.

On observe que les pourcentages d’ADN réduisent très rapidement d’une génération à l’autre.
À retenir : plus le lien de parenté est éloigné, plus la quantité d’ADN partagé diminue rapidement.
ADN partagé : que signifient les centimorgans (cM) ?
Les centimorgans (cM) mesurent la quantité d’ADN partagé entre deux personnes. Plus ce nombre est élevé, plus le lien familial est proche.
Un centimorgan correspond à une probabilité de 1 % que deux marqueurs génétiques soient séparés lors de la transmission de l’ADN d’une génération à l’autre. Ce phénomène, appelé recombinaison (ou crossing-over), correspond à un échange de segments d’ADN entre les chromosomes hérités de chaque parent.
Le nombre de centimorgans (cM) partagé avec une correspondance désigne la somme totale des longueurs de tous les segments d’ADN identiques transmis par un ancêtre commun. La parenté sera plus proche s’il y a peu de segments de grande longueur plutôt que de nombreux segments de faible longueur puisque les segments longs sont moins susceptibles d’être faux positifs. En effet, les segments peuvent être identiques par état (faux positif) et non par descendance.
En pratique, ce sont surtout les segments longs et le total en cM qui permettent d’évaluer la fiabilité d’une correspondance ADN.
Combien de centimorgans partage-t-on avec ses proches ?
Ce schéma réalisé à partir des données du site DNA Painter identifie les plages de centimorgans généralement observées selon le type de relation familiale.


Graphique du partage de Centimorgans dans une famille, chiffré tiré du Shared cM Project version 4.0 (mars 2020), Blaine Bettinger
Lien entre centimorgans (cM) et pourcentage d’ADN
Le tableau ci-dessous permet de faire le lien entre le pourcentage d’ADN partagé et les centimorgans en fonction de la parenté.
Correspondance entre cM et pourcentage d’ADN en fonction de la parenté, données tirées de DNA Painter
Ainsi, les centimorgans offrent une mesure plus précise que le pourcentage pour estimer une relation familiale.
Comment convertir les cM en pourcentage d’ADN ?
Pour mieux comprendre ce pourcentage via un peu de mathématiques : la longueur totale du génome autosomal humain est estimée à environ 7000 cM.
En effet, un parent transmet en moyenne 3480 cM à son enfant (fourchette : 2250-3720 cM).
Ainsi : 3480 ÷ 7000 = 49,7% ≈ 50%, ce qui correspond à la théorie génétique classique.
Cette plage a été affinée dans la version 4.0 du Shared cM Project (mars 2020) par Blaine Bettinger, basée sur plus de 59 000 observations de correspondances ADN réelles, rendant les minimums plus réalistes.
Grâce à la formule suivante, il est possible d’effectuer la conversation cM <> pourcentage d’ADN
Pourcentage d’ADN partagé = (cM partagé / 7000)*100
Voici une méthode simple en plusieurs étapes pour exploiter efficacement vos correspondances ADN et remonter jusqu’à un ancêtre commun.
Méthode : retrouver un ancêtre grâce à l’ADN en 5 étapes
1. Comprendre la parenté
Que vous utilisiez MyHeritage, 23andMe ou un autre service de test ADN, comprendre les notions clés liées à vos correspondances est essentiel pour orienter efficacement vos recherches.
Pourcentage d’ADN partagé, centimorgans (cM) et arbre généalogique constituent autant d’indices précieux pour identifier un lien de parenté.
Les outils proposent généralement une estimation du lien familial, mais celle-ci reste indicative. Pour affiner l’analyse, il est recommandé de vérifier si la correspondance a créé un arbre généalogique. Cela permet de répondre à une question essentielle : quelle est la relation entre cette personne et moi ?
Une fois cette première estimation réalisée, il faut aller plus loin en reconstituant les arbres généalogiques.
2. Reconstituer les arbres généalogiques
La seconde étape consiste à reconstituer les deux arbres généalogiques.
Même si votre correspondance en a déjà commencé un, il est souvent incomplet. Il est donc important de compléter les arbres au maximum afin de pouvoir identifier un ancêtre commun.
3. Contacter les correspondances ADN
Enfin, un élément souvent sous-estimé peut faire toute la différence dans une enquête ADN. Communiquer avec vos correspondances sur les plateformes ADN permet bien souvent de débloquer des situations et de favoriser l’entraide.
4. Identifier l’ancêtre en commun
Une fois la parenté identifiée et vos arbres réalisés, il est pertinent de retrouver la position du ou de vos ancêtres en commun dans vos arbre généalogiques respectifs. Pour ce faire, on peut comparer les deux arbres pour repérer un ancêtre commun.
Cependant, dans certains cas, cette approche ne suffit pas et aucun ancêtre commun n’apparaît clairement. Il faut alors changer de méthode et élargir le champ de recherche.
5. Explorer les archives (recensements de population, les registres militaires et les témoins dans les actes)
Que faire en cas de blocage généalogique ?
Parfois, identifier l’ancêtre commun ne suffit pas et la recherche semble mener à une impasse. Dans ces moments-là, il est essentiel de se rappeler que les archives ne reflètent pas toujours parfaitement la réalité.
Nos ancêtres biologiques ne correspondent pas nécessairement à ceux qui apparaissent officiellement dans les documents administratifs. Il est donc possible qu’aucun individu commun n’apparaisse lors de la comparaison de deux arbres généalogiques.
Plutôt que d’abandonner, il faut alors changer d’approche et chercher des points de convergence indirects entre les deux lignées.
Plusieurs pistes peuvent être explorées :
Les deux personnes ont-elles vécu dans la même ville, la même rue, voire à la même adresse au même moment ?
Étaient-elles voisines ?
Exerçaient elles un métier similaire ou travaillaient elles au même endroit ?
Ont-elles pu se connaître ?
Pour répondre à ces questions, il est essentiel de croiser les sources :
Recensements de population
Registres militaires
Adresses mentionnées dans les actes
Témoins présents lors des événements (naissance, mariage, décès)

Photographie, FELLETIN 23, Creuse Manufacture de Tapis Atelier de Tissage 1915 du Sergent FIS 342e à Albertine Foix, Delcampe
Les archives départementales constituent l’outil principal pour ce type de recherche. Des plateformes payantes comme Filae peuvent faire gagner du temps, même si tous les recensements n’y sont pas disponibles.
Il est également possible d’utiliser des outils comme SocFace, qui exploite la reconnaissance automatique de l’écriture manuscrite pour analyser les recensements entre 1836 et 1936. Toutefois, ces bases comportent des erreurs d’interprétation sur les noms et prénoms. Il reste donc préférable de se référer systématiquement aux informations directement dans les registres originaux.
Cas particulier, les registres de l’assistance publique
Lorsqu’on ne trouve pas les parents d’une personne et qu’elle est indiquée « sans filiation », il peut être très utile de consulter les registres de l’assistance publique.
On y retrouve notamment des informations sur les enfants abandonnés (placés dans un hospice), mais aussi sur ceux reconnus plus tard par leurs parents. Ces documents (registres d’accouchement, de crèche ou d’hospices) peuvent parfois révéler des éléments précieux, comme le nom de la mère.
Exemple ci-contre du tour d'un hospice. Les bébés étaient abandonnés dans un cylindre pivotant dans le mur d'un hospice permettant aux parents d'abandonner anonymement leur nouveau-né.

Maquette, tour d’un hospice, Bibliothèque municipale de Lyon
Les archives départementales et municipales sont une véritable mine d’or pour ce type de recherche.
Il est également important de vérifier si l’ancêtre commun identifié via l’ADN a déjà été confronté à ce type de situation (enfant abandonné ou reconnu après la naissance). Si cela s’est produit une fois, il est possible que cela se soit reproduit et que la personne désignée par les archives ne soit pas le véritable parent biologique.
Conclusion : l’ADN, un outil clé pour dépasser les limites des archives
L’ADN est devenu un outil incontournable pour la recherche généalogique. Bien utilisé, il permet de dépasser les limites des archives et de retrouver des ancêtres inconnus.
En combinant méthode, rigueur et analyse des correspondances, chacun peut aujourd’hui enrichir son arbre généalogique et découvrir de nouvelles branches familiales.
Dans une seconde partie, nous verrons comment cette méthode m’a permis de remonter concrètement jusqu’à une branche familiale inconnue, en croisant les correspondances ADN et les archives.
Photographie de couverture : Hôpital de la charité, service du Dr Voron, Lyon, Delcampe