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Trois Légions d'honneur dans une même famille : l'histoire des Borsat de La Pérouse

Généalogie militaire, Légion d'honneur, Histoire familiale
23 juillet 2026 par
Poncet

Une histoire familiale au service de la France

Les dossiers de la Légion d'honneur permettent souvent de retracer un fait d'armes ou une carrière exceptionnelle. Plus rarement, ils révèlent une véritable tradition familiale. C'est le cas dans cette recherche généalogique sur la famille Borsat de La Pérouse, dont trois membres, élevés dans la même maison à des générations différentes, furent décorés de la Légion d'honneur. De la guerre de 1870 à la Première Guerre mondiale, leurs parcours témoignent de la transmission d'un engagement militaire au sein d'une même famille. 

Les recherches généalogiques dans les actes d'état civil sont une première étape qu'il est possible de compléter avec la recherche des archives militaires, registres matricules et le cas échéant, de la Légion d'honneur sur la base Léonore des archives Nationales. Il convient aussi de consulter la presse ancienne afin d'obtenir une chronologie entière des évènements liés à la carrière militaires du décoré.


Victor Abel Henry Borsat de La Pérouse : héros du siège de Paris


Le premier homme a être décoré est Victor Abel Henry Borsat de La Pérouse.

Né en 1846 dans la maison familiale, il effectue son service militaire avec la classe de 1866. Lorsque éclate la guerre franco-prussienne, Paris est assiégée pendant plus de quatre mois. Il est mobilisé et prend part à la campagne de 1870-1871, notamment lors du siège de Paris à partir d'août 1870. 

 Lithographie anonyme, Le Bombardement de Paris 1871, événements militaires (titre de la série),  Musée Carnavalet, Histoire de Paris.

Au cours du conflit, il est nommé capitaine de la Garde mobile de l'Ain puis officier d'ordonnance du général de La Mariouse, une fonction de confiance qui l'amène à assister et à accompagner son supérieur dans la conduite des opérations. Son engagement durant cette période décisive de l'histoire de France est récompensé par l'attribution de la Légion d'honneur.

Le dossier de Légion d'honneur revêt un intérêt particulier, car le registre matricule de la classe 1866 conservé aux Archives départementales de l'Ain est lacunaire. Il permet ainsi de compléter son parcours militaire en détaillant ses différents services et périodes de mobilisation. 


Dossier de légion d’honneur de Victor Abel Henry Borsat de la Pérouse, Base Léonore, Archives Nationales, LH//299/43, notice n° L0299043.

Une piste complémentaire serait d'obtenir son dossier individuel au Service Historique de la Défense à Vincennes en côte GR 5 YE 34520.

Alexandre Charles Emile Borsat de La Pérouse : officier de marine en Extrême-Orient

Le second homme est son frère cadet, Alexandre Charles Émile Borsat de La Pérouse. 

Né dans la même maison dix-neuf ans après Victor Abel Henry, il grandit dans un environnement où la carrière militaire occupe une place importante. Après le siège de Paris, son frère aîné est mobilisé dans l'armée territoriale pendant une dizaine d'années, entretenant au sein de la famille le souvenir des campagnes militaires. 

Son beau-frère, Étienne Louis Arbod, constitue également une figure inspirante. Lieutenant d'infanterie de marine, il mène une carrière outre-mer en qualité d'administrateur des affaires indigènes en Cochinchine. Avec son épouse, Anne Marie Lucie Borsat de La Pérouse, sœur d'Alexandre, il parcourt régulièrement la Méditerranée et le Moyen-Orient avant de rejoindre l'Extrême-Orient. Leur vie est marquée par de nombreux voyages : l'un de leurs enfants naît à bord d'un paquebot en route vers Naples, tandis qu'un autre voit le jour dans la rade de Saïgon. Ce dernier décède malheureusement en 1882, alors qu'Alexandre est âgé de dix-sept ans. 



C'est précisément à cet âge qu'Alexandre Charles Émile choisit de s'engager dans la Marine, soit plusieurs années avant l'âge auquel la plupart des jeunes hommes accomplissent leur service militaire. Ce choix témoigne probablement de l'influence exercée par les parcours militaires de son frère et de son beau-frère, ainsi que de l'ouverture sur le monde que représentaient alors les carrières maritimes.

Article sur Alexandre Borsat de la Pérouse, 3 juillet 1882, journal de l’Ain, Lectura Plus, n°77, vue 2.

Carte postale, La Nouvelle Ecole Navale, Brest, Mozais, Cartorum.

 

Au cours d'une carrière jalonnée de voyages, de campagnes et de nombreuses péripéties auxquelles je consacrerai prochainement un article, Alexandre Charles Émile Borsat de La Pérouse sillonne les mers du globe. 

Son parcours est marqué par l'obtention de la Légion d'honneur, qui lui est décernée le 23 septembre 1893 pour sa conduite à bord de L'Inconstant. 

En effet, le 12 juillet 1893, alors qu'il est lieutenant de vaisseau, L'Inconstant, accompagné de La Comète, force le passage du fleuve Ménam (en Thaïlande) malgré la défense acharnée et la résistance des forces siamoises. Les deux navires franchissent les fortifications de l'embouchure, affrontant deux forts, sept navires de guerre et un barrage défensif. Cette action décisive, permet à la France d'imposer sa supériorité navale et conduit quelques semaines plus tard à la signature d'un traité favorable à ses intérêts en Indochine.

L'Inconstant et la Comète remontant le Meinam,illustration de Rougeron et Vignerot d'après une aquarelle d'Alfred Paris, Hachette, 1912.

Son dossier de Légion d’honneur indique qu’une rente annuelle de 250 francs lui est accordée. Il précise également qu’à cette période, son état de service se répartit comme suit : un an et six mois de service à terre, un an et six mois dans les ports, deux ans et six mois en rade, ainsi que sept ans et huit mois en mer.


Son dossier de Légion d’honneur indique qu’une rente annuelle de 250 francs lui est accordée. Il précise également qu’à cette période, son état de service se répartit comme suit : un an et six mois de service à terre, un an et six mois dans les ports, deux ans et six mois en rade, ainsi que sept ans et huit mois en mer.

Dossier de légion d’honneur d'Alexandre Charles Emile Borsat de la Pérouse, Base Léonore, Archives Nationales, LH//299/42, notice n° L0299042.

Son dossier de Légion d’honneur indique qu’une rente annuelle de 250 francs lui est accordée. Il précise également qu’à cette période, son état de service se répartit comme suit : un an et six mois de service à terre, un an et six mois dans les ports, deux ans et six mois en rade, ainsi que sept ans et huit mois en mer.

Voici la décoration retrouvée dans le grenier de la maison où a grandi Alexandre Charles Emile Borsat de La Pérouse.

Décoration de la légion d’honneur d'Alexandre Charles Emile Borsat de La Pérouse

 

 Décoration de la légion d’honneur, Alexandre Charles Emile Borsat de La Pérouse, 23 septembre 1893, source personnelle officielle.

Charles Pierre Arbod Borsat de la Perouse : une troisième Légion d'honneur dans la famille


Le dernier des trois hommes à obtenir cette décoration est Charles Pierre Arbod Borsat de la Perouse.

Fils d’Anne Marie Lucie Borsat de la Pérouse et d’Etienne Louis Arbod, il naît en 1879 à Cho Lon lors d’une mission de son père en Cochinchine. Il grandit sans connaître son père mais avec l’image de son oncle Alexandre Charles Emile qui lui écrit régulièrement des lettres comme celle retrouvé aux archives départementales de l'Ain.


Transcription :

Mon cher Tonton A

Je suis bien heureux d’apprendre que tu as

repris ton poste de second et j’espère que

maintenant tu fais déloger ces vilains

cancrelas.” 

Correspondance passive, Alexandre Borsat de La Pérouse, fond Borsat de la Pérouse, AD01, 33 J18.

Je n’ai pas retrouvé son dossier de légion d’honneur sur la base Léonore des Archives Nationales. Toutefois son registre de matricule militaire mentionne qu’il obtient la légion d’honneur le 14 novembre 1916 lors de la Première guerre Mondiale.


L'ordre du jour du Grand Quartier Général décrit un officier qui, malgré un bombardement particulièrement violent, poursuit l'assaut à la grenade avant de manœuvrer sa compagnie pour enlever une position allemande solidement défendue. Enseveli par un obus, il refuse pourtant d'abandonner son commandement. 

Voici la transcription complète : 

Officier d’entrain, courageux, énergique, s’est tout particulièrement distingué par son sang froid au cours d’un bombardement de gros Minnenwerfer Allemand.

Chevalier de la Légion d'Honneur - 14-11-1916. O/o n° 4861 du G.Q.G. - Officier très brave commandant les premières vagues d'assaut du Bataillon lors de l' assaut du 24 octobre 1916 et se trouvant arrêté sur une position intacte et fortement défendue par des mitrailleuses a attaqué avec vigueur à la grenade, puis a exécuté une manœuvre habile qui a permis l'enlèvement de la position et la capture de tout un bataillon ennemi avec un important matériel de guerre - Enseveli et contusionné par un obus, a voulu néanmoins conserver le commandement de sa compagnie.

Archives départementales de l'Ain, BORSSAT DE LAPEROUSE Charles, Pierre (matricule 210) - (1899).

Si le dossier de Légion d'honneur de Charles Pierre Arbod Borsat de La Pérouse n'a pas encore été retrouvé, son registre matricule militaire permet malgré tout de comprendre les circonstances qui lui valurent cette distinction. Ce qui m’a plu lors de mes recherches, c’est l’admiration et l’inspiration mutuelle qu'ont eu les différents membres de la famille Borsat de La Pérouse. Avec Victor, Alexandre et Charles, c'est toute une histoire familiale qui se dessine : celle de trois hommes, élevés dans la même maison, qui choisirent chacun de servir leur pays et furent, à des époques différentes, récompensés par la Légion d'honneur.